La propagande

La propagande occupait une place centrale dans la stratégie britannique contre les Mau Mau. Elle visait à discréditer les Mau Mau, à les rendre redoutables aux yeux de la population kenyane, et à légitimer le colonialisme britannique et la répression brutale de la révolte. La propagande était diffusée par divers moyens. Des articles de journaux et des tracts en anglais, en swahili ou dans d'autres langues locales étaient largement utilisés au Kenya. La propagande occupait également une place centrale dans les camps de détention britanniques, où les détenus étaient quotidiennement abreuvés de messages propagandistes. Le discours colonial fut diffusé à une telle échelle qu'il influença l'image de la révolte pendant des décennies après sa fin.

Les communiqués de presse et le discours colonial

L'un des aspects les plus importants de la propagande coloniale était constitué par les communiqués de presse publiés quotidiennement par le Bureau des colonies à Londres, qui influencèrent considérablement la couverture médiatique de la révolte. Ces communiqués de presse étaient souvent banals, mais ils donnaient aussi fréquemment des descriptions détaillées des cérémonies de serment et des atrocités commises par les Mau Mau. Le langage des communiqués de presse était soigneusement choisi pour renforcer le discours selon lequel la situation au Kenya était paisible et progressiste avant la révolte, et présentait les Britanniques comme des êtres éclairés et héroïques, et les Mau Mau comme de cruels terroristes. Ce type de langage était utilisé tant par les responsables du gouvernement britannique que par la presse britannique et kényane.

La propagande dans les camps de détention

 

La propagande occupait une place centrale dans ce qu'on appelait la « rééducation » dans les camps de détention ou les villages d'urgence. Des tracts de propagande étaient distribués régulièrement et des messages de propagande étaient diffusés quotidiennement par haut-parleurs dans tous les camps, parfois même pendant la nuit. Des films de propagande sur la Grande-Bretagne étaient fréquemment projetés. Des portraits de la reine étaient souvent accrochés dans les camps, aux côtés de photos de l'activiste anticolonialiste Jomo Kenyatta menotté, dans le but de présenter la reine comme une figure élégante et civilisée et Kenyatta comme un sauvage. La propagande visait à convaincre les Kenyans que les saisies de terres étaient justes. Elle affirmait que la Commission Carter sur les terres, qui avait rejeté le droit de propriété des Kikuyu, confisqué des terres pour les colons et confiné les Kikuyu dans certaines zones, était légale et juste. L'idée selon laquelle la Grande-Bretagne avait volé des terres aux Kenyans était qualifiée d'erronée. Les détenus étaient également encouragés à « avouer pour sauver leurs terres » et la propagande concernant les sympathisants du Mau Mau qui avaient vu leurs terres confisquées était constante.

 

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Le massacre de Lari et l'image des Mau Mau

La propagande britannique dépeignait les combattants Mau Mau comme des êtres brutaux et impitoyables. Le massacre de Lari, en 1953, a marqué un tournant décisif dans l'utilisation de la propagande, car il a bouleversé la perception des Mau Mau, notamment celle des kényans ordinaires. Lors de ce massacre, cinq ou six groupes d'une centaine de Mau Mau ont attaqué des habitations à Lari. Les familles des fonctionnaires fidèles au gouvernement étaient visées. Les Mau Mau ont incendié les maisons et tué ceux qui tentaient de s'échapper. Environ 74 personnes ont été tuées et 50 autres blessées, dont la majorité étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Dans les communiqués de presse et les journaux, les photos explicites ont mis en évidence l'extrême brutalité du massacre dans le but de dépeindre les Mau Mau comme des barbares, des primitifs et des sauvages. Cette image allait rester l'image dominante des Mau Mau pendant un certain temps. Cette image brutale des Mau Mau a été utilisée pour justifier la riposte britannique extrêmement sévère au massacre. La violence systématique employée par la Grande-Bretagne était souvent abordée dans une manière qui glorifiait ces mesures brutales en les présentant comme une riposte légitime. La propagande visait à la fois la population britannique, dans le but de justifier la riposte britannique, et la population kikuyu du Kenya. La propagande laissait entendre que tous les Kikuyus ordinaires étaient exposés à une attaque des Mau Mau et ne mettait pas en avant le fait que les victimes étaient des loyalistes de premier plan et leurs familles. Le fait qu'un si grand nombre de femmes et d'enfants aient été tués, ainsi que le renforcement de ce message par la propagande britannique, ont poussé l'opinion publique kenyane à adopter une position plus dure à l'égard des rebelles

La Home Guard comme outil de propagande

La Home Guard a été utilisée à des fins de propagande par les deux camps. Elle était louée par les Britanniques et décrite comme un facteur décisif dans le conflit. Des images de la Home Guard ont été utilisées pour montrer la puissance de l'empire et pour faire croire que l'empire bénéficiait d'un soutien au Kenya. Tout succès remporté contre les Mau Mau était largement et minutieusement couvert. Malgré cette image de force, la Home Guard était en réalité terrifiée par une attaque des Mau Mau. Aux yeux des nationalistes, la Home Guard était considérée comme des traîtres qui entravaient la rébellion, et leur agressivité a été un facteur déterminant dans le recrutement des rebelles nationalistes.

Les pénuries alimentaires et la propagande

Les pénuries alimentaires constituaient un problème majeur pendant la guerre, et la situation a donné lieu à un recours massif à la propagande. Beaucoup ont qualifié cette crise de famine provoquée, le gouvernement colonial n'ayant pris aucune mesure pour y remédier. Lorsque la propagande britannique reconnaissait l'existence de la malnutrition dans la province centrale du Kenya, elle attribuait la responsabilité de la crise aux Kikuyu eux-mêmes. Elle affirmait que les parents choisissaient de ne pas nourrir leurs enfants, préférant compter sur l'aide gouvernementale et souhaitant utiliser ces enfants affamés à des fins de propagande. Une autre raison invoquée pour expliquer ce problème était que les mères ne comprenaient pas que leurs enfants avaient besoin de divers nutriments. Même après l'intervention d'ONG et de missionnaires, la Grande-Bretagne a refusé d'assumer ses responsabilités ou de contribuer aux efforts de secours, utilisant la propagande pour détourner l'attention de la véritable cause de la malnutrition.

Le cinéma comme vecteur de propagande

Le cinéma a également été utilisé à des fins de propagande. Trois films ont été réalisés sur la révolte des Mau Mau pendant la guerre. Il s'agissait de films d'aventures dans la jungle, inévitablement fortement marqués par des stéréotypes. Simba (1955) dépeint le paternalisme britannique et Safari (1956) est un film d'une grande violence dans lequel un chasseur blanc traque et tue des membres des Mau Mau. Something of Value (1957), produit par Columbia Pictures, dépeint le conflit d'une manière qui présente de fortes similitudes avec la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Il ne montre pas la réalité complexe du conflit, mais, fait intéressant, il suggère que les colons blancs méritaient dans une certaine mesure la violence qui leur était infligée. La forte influence de la propagande britannique est perceptible dans ces trois films.

Le spectre du communisme

Des efforts ont également été déployés pour présenter le mouvement Mau Mau comme une révolte communiste. Dans le contexte de la Guerre froide, le Département britannique de la recherche et de l'information (IRD) s'est activement employé à établir un lien entre le mouvement Mau Mau et le communisme international. Malgré les racines essentiellement nationalistes du mouvement, l'IRD a tenté de discréditer les rebelles en les présentant comme des mandataires de l'Union soviétique. L'objectif était de rallier le soutien des alliés occidentaux, en particulier des États-Unis, en présentant le conflit comme un front de la lutte mondiale contre le communisme plutôt que comme un soulèvement anticolonial local.

L'héritage du récit propagandiste

Cette propagande a servi à justifier moralement la répression brutale, notamment les détentions massives, la torture et les exécutions, en les présentant comme des mesures nécessaires pour rétablir l'ordre plutôt que comme des actes de répression coloniale. En occultant le contexte de l'exploitation coloniale, le récit britannique a présenté la rébellion comme une agression non provoquée afin d'invalider les revendications politiques des rebelles. L'influence du récit véhiculé par la propagande britannique s'est prolongée bien après la guerre. Les études et les auteurs des années 1960 et 1970 ont souvent continué à dépeindre le conflit comme un simple affrontement entre nationalistes anticolonialistes et collaborateurs britanniques. Au cours des années 1990 et 2000, le révisionnisme académique a cherché à fournir un compte rendu précis de la révolte ; cependant, dans une certaine mesure, il est encore difficile d'obtenir des détails précis sur certains aspects de la révolte en raison de la propagande et de la destruction des archives.

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